Un ricanement de triomphe. C’est le mari, se redressant de toute sa taille, qui, la voix mordante, déclare :
— Et maintenant, monsieur le Commissaire, j’ai l’honneur de vous présenter ma femme, qui me trompe, — vous n’en douterez pas, — et Monsieur qui est son amant. Verbalisez, Monsieur, verbalisez, s’il vous plaît !
Que vouliez-vous que fît le Commissaire ? La chambre, les complices, les oreillers, le lit, tout parlait, tout criait le flagrant délit. Il verbalisa.
Satanique, le mari se frottait les mains : Il aurait son divorce, il l’avait déjà, il le tenait.
Le Commissaire avait rédigé son procès-verbal. Il le fit signer à Madame, à Monsieur, et à l’autre. Puis se retournant vers le mari.
— C’est parfait. Seulement, comme vous vous êtes fichu de moi, comme vous avez extorqué mon intervention sous un motif fallacieux, — ce qui est attentatoire au respect de la justice et ridiculise mon caractère officiel, — je vais vous poursuivre pour outrages à la magistrature.
Tableau !
Et l’admirable est que le Commissaire est dans son droit. Le mari aussi. Et les amants pourraient plaider qu’ils y étaient également : ils le plaideront, soyez-en sûr. Le mari sera sans doute débouté, sous prétexte qu’il a fait constater l’adultère par fraude en dehors de l’heure légale. Et il sera, c’est vraisemblable, condamné, pour avoir indûment dérangé le Commissaire.
Alors, il devait rester cocu (tant pis, le mot est dans Molière !) toute sa vie ?…
Oui.