Et la répercussion aurait dû aller plus loin encore ; car si la France côtoie, de partout, le rocher de Monaco et les jardins de Monte-Carlo, le monde entier aboutit à ce palais des fêtes où l’orchestre des représentations d’art couvre le bruit sourd des râteaux de l’or, voisine avec le brouhaha des Palaces et le crépitement du tir aux pigeons.

Une comparaison éloquente aurait dû s’imposer.

Quoi, dans ce coin de terre ensoleillé, la loi humaine est en harmonie avec la splendeur des choses ; quoi, un ménage monégasque pourra en quelques mois, s’il est malheureux, se dissoudre et se reformer pour des unions meilleures ; et, à cent mètres, à dix mètres de là, un ménage français devra agoniser lentement, croupir dans l’étau d’un Code inhumain et suranné !

Voilà qui devrait parler à l’esprit, au cœur, à la conscience.

Et comme me le fit remarquer M. Roussel, rapporteur de l’ordonnance devant le Conseil d’État, ce n’était pas seulement la contamination par syphilis qui motive le divorce, mais le seul risque de contamination, et alors même que l’intéressé, sinon l’intéressant personnage, pourrait arguer de son ignorance.

La loi, — et le cas est assez rare pour que nous le remarquions — se faisait préservatrice ; elle n’attendait pas que le mal ait eu lieu, que le crime, volontaire ou non, fût commis. Elle sauvait d’abord les innocents ; et rien que ce noble souci eût honoré la nouvelle loi monégasque.

Il y a mieux. Le huis-clos était spécialement ordonné dans les cas précisés plus haut ; et c’est de haute moralité. Chez nous, des divorces semblables seraient un combat honteux à coups de déloyales et malpropres procédures, de plaidoiries assassines, de débats scandaleux.

Nous ne pouvons qu’applaudir à un tel respect de la dignité humaine.

Tenons-nous-en, pour aujourd’hui, à méditer l’ordonnance signée, le 3 juillet 1907, à bord du yacht Princesse-Alice, à Trondhjem, Norvège. Elle figura au long dans le Journal de Monaco où nos députés et nos sénateurs peuvent la relire, avec profil.

Le prince de Monaco a lancé une bonne semence. A nous de la faire fructifier. Pour cela, comme Candide, bêchons notre jardin. A chaque jour, sa peine. Nul effort n’est perdu !