Le délire alcoolique.

La syphilis.

Nous n’avons pas encore cela en France… Et pourtant que de lettres navrantes nous avons reçues ! Une femme nous racontait que depuis vingt-quatre ans, vous lisez bien : vingt-quatre ans, elle demeurait rivée au cadavre vivant d’un mari aliéné, loque humaine dans un hospice. Aucun moyen pour cette malheureuse d’avoir pu refaire sa vie, sinon en devenant une concubine et en vivant hors la loi.

Quant à l’épilepsie, qui crée des impulsifs brutaux et meurtriers, qui aliène soudain la personnalité du malade, quant au délire alcoolique, quant à la syphilis, il n’est pas question encore, chez nous, d’y remédier par le divorce libérateur.

Et cependant !… Là encore que de confessions lamentables : femmes qui vivent dans la crainte de l’alcoolique, menacées de mort, frappées de coups, spoliées de vive force, vouées aux gémonies de la misère, voyant souffrir et pleurer leurs petits, condamnés à une terreur de tous les instants !

L’alcoolisme ronge comme un ulcère quantité de nos départements, flétrit la race, tarit les forces saines du peuple ; — et pas un député n’a songé encore à préserver le lit de la femme et le berceau de l’enfant ; car l’alcoolique est un terrible créateur de tares physiologiques : crétinisme, épilepsie, paralysie générale, etc.

La syphilis ? Cette contamination abominable, toujours fatale aux victimes, la femme, l’enfant à naître, croiriez-vous que nos casuistes du Palais, avocats, avoués, juges, ont perdu trente ans à se demander si seulement on devait la considérer comme une injure grave, et partant, comme une cause de divorce ?

On croit rêver quand on voit des choses pareilles. S’il est un motif à rompre le lien conjugal, certes, il n’en est guère de plus justifié. Combien faudra-t-il en France d’articles de presse, quelle pression de l’Opinion publique, combien de discussions oiseuses, combien de joutes oratoires au Parlement pour obtenir ce que, avec un sens si éclairé, le prince de Monaco, dans ses terres, a tranché d’un trait de plume !

Prenons exemple, croyez-moi, sur ce petit État qui semble, dans son décor magique de ciel et d’eau, un paradis terrestre artificiel.

Cette loi, qui semble n’importer qu’aux quinze cents habitants et aux trois cent cinquante ménages environ de la Principauté, aurait dû avoir un effet puissant sur les populations qui l’entourent, le pays des trente-six millions d’êtres qui l’enlace.