—André, je voudrais tant savoir, apprends-moi, je t'en prie?
—Quoi donc?
—Tout, je sais si peu de chose, on ne m'a rien enseigné.
Alors il lui pardonna ses inattentions. Peut-être devait-il lui faire des lectures plus simples. Mais lesquelles? Balzac n'intéressait pas la jeune femme. Et elle n'avait même pas achevé les Trois Mousquetaires.
D'abord déconcerté, il en avait pris son parti. Pourtant, il trouvait pénible de ne pouvoir parler à son gré, et qu'elle ne le comprît pas. Parfois il se résignait, comptait qu'elle serait bonne mère, bonne ménagère, n'en demandait pas plus.
Il la regarda. Paisible et fatiguée, elle tirait la laine de sa tapisserie.
«Ah! les beaux, essors du rêve, les passions de roman, ce menteur idéal sacrifié courageusement en se mariant, tourmentaient encore André. Il pensait aux heurts de l'amour et de la jalousie, aux enlèvements, à l'adultère, aux douleurs tragiques, à la passion. Cela, il ne le goûterait jamais! Mais n'était-ce pas chimérique? et n'avait-il pas pris le meilleur lot, le bonheur terre à terre, strict et résigné, mais sûr?
«À quoi pensait-elle en ce moment?
«Suivait-elle les mêmes réflexions mélancoliques, regrettait-elle un idéal cavalier, une vie de rêve, tout un romanesque de jeune fille?» Il voulut le savoir et se penchant, lui prit la tête, la leva vers lui et la regarda.
Sous le jour qui tombait, il se vit reflété dans les prunelles de sa femme, comme en un miroir: impression douloureuse. Pourquoi ne pouvait-il pénétrer au fond de ces beaux yeux bruns? pourquoi, alors qu'il voulait la connaître, était-ce lui-même qu'il rencontrait, dans ce reflet? Il pensa que Toinette, de même, se mirait dans ses yeux à lui, et il sentit qu'ils étaient à mille lieues l'un de l'autre, que même aux heures où se mariait leurs âmes, ils étaient deux, et ne pourraient jamais, jamais être un! Cette constatation le rendit égoïste, et il eut des regrets, mais elle, dont le regard ne l'avait pas quitté, lui dit: