Tout ce qu'André éprouvait, il le renfermait en lui, par pudeur. Mme de Mercy ne sut jamais rien de ses troubles secrets. Bien que Crescent fût d'âge mûr et de bon conseil, André jamais ne lui confia le fond de ses pensées.

Au ministère, Crescent, soucieux, lui disait, un matin:

—Voilà le père de ma femme très malade; vous savez qu'il n'a jamais rien fait pour sa fille, et que sa femme le mène. Il paraît qu'il s'affaiblit beaucoup. Moi qui ai une vie très rude, et l'avenir de mes enfants à assurer, je me demande si le père aura été subjugué par cette femme au point de dépouiller complètement sa fille, j'en ai peur.

Et après un moment de silence:

—Enfin! on travaillera encore.—Et il regardait André avec un bon sourire, tout en soufflant d'un air fatigué.

Crescent, outre son travail au ministère, donnait des leçons; il se levait à cinq heures, se couchait à onze, avec un fonctionnement de machine. Mais à la fin il s'usait; et toujours cette expression de lassitude résignée et courageuse avait frappé André.

Il en parla à sa femme.

—Pourquoi travaille-t-il tant?—demanda-t-elle ingénument.

—Et vivre, ma chère, et nourrir les enfants?

Elle hocha la tête et écouta une lecture qu'André reprit tout haut, des vers de Victor Hugo. En dessous, il observait sa femme, prêt à s'interrompre, craignant que son esprit ne fût ailleurs ou qu'elle ne comprît pas.