«Voilà, pensa André, le front aux vitres, elle est égoïste…» Et après un temps d'arrêt: «Elle est jeune, on l'a gâtée, elle se corrigera.»

Mais de toute la journée, il resta sérieux, le coeur triste.

* * * * *

Entrée à la maison, si maigre et avec si peu de lait, que la soeur Ursule avait failli la congédier, la nourrice, autrefois assise continuellement avec une pose raide et un profil maladif, devenait rapidement, à force de nourriture dont elle se crevait, une rougeaude commère remuante, poussant partout sa courte et grosse personne. Polie et timide naguère, elle acquérait de l'aplomb, répliquait. Et la femme de ménage la gâta complètement.

Élisa, une maigre et sèche femelle d'ouvrier usée par le labeur, avait une figure plate, le nez pointu, et des lèvres fendues au couteau.

D'abord obséquieuse et prolixe, elle devint muette, fit son service avec une précipitation, une rage froide, toute déçue de ne pouvoir glaner dans le petit ménage, un reste de pain ou d'os, car la nourrice, bouleversée par des fringales imaginaires, dévorait tout. À elles deux, elles emplissaient la cuisine. S'étant déplues d'abord, bientôt elles s'associèrent.

Ce furent des causeries interminables, où elles s'excitaient à demander des gages plus forts.

Quand les maîtres s'absentaient, elles passaient la revue des buffets, des armoires. Marthe, quelquefois, criait dans le berceau, Élisa en blêmissait de colère.

Elle avait trois enfants, dont un boiteux, et un mari qui la battait. Elle était bilieuse, méchante et fausse. La nourrice la craignit; Élisa la méprisa. Mais leurs rancunes communes contre le servage, les liaient.

André ne s'occupait point des domestiques; il partait tôt pour son bureau, rentrait tard.