IX

Sa grande préoccupation était pour le mois de janvier. Serait-il augmenté au ministère? Dans les bureaux, chacun pensait à cela et discutait les chances, les droits, avec une mélancolie inquiète. Le manque de fonds au budget retardait, depuis longtemps déjà, l'avancement réglementaire, situation fausse, à laquelle les ministres, à tour de rôle, ne remédiaient point, et dont les employés, anxieux, souffraient sans se plaindre.

«Et comment se fussent-ils plaints?—pensait André,—quiconque eût murmuré se fût vu révoqué le lendemain: célibataires pauvres, pères de famille prolifiques, les employés ne pouvaient pas même se mettre en grève, comme les ouvriers. Et cependant il fallait vivre; était-ce possible avec des traitements dérisoires, sur lesquels on retenait encore quelque menue monnaie pour la retraite?»

C'étaient thèmes à longues causeries, dans le petit bureau de Crescent.

—Convenez-en,—disait André,—la position des employés est fausse et injuste.

—Injuste, non; pourquoi prennent-ils ce métier?

—Soit, mais enfin, ils l'ont, ils le font!

—Vous savez ce qu'on répond; leur travail est maigre et le temps qu'ils dépensent minime.

—Ah! voilà ce que j'attendais, dit André; les employés sont des paresseux, ils sont assez payés pour ce qu'ils font; je vous dirai comme dans Molière: «Et pour ne rien faire, monsieur, est-ce qu'il ne faut pas manger?» D'abord je vous ferai observer que dans certains bureaux, le mien, par exemple, la besogne n'a jamais manqué. Ensuite, croyez-vous que les employés, tous sans exception, n'aimeraient pas mieux double besogne et double salaire? N'est-il pas indécent de recevoir cent soixante-deux francs par mois, quand on a une femme et des enfants à nourrir?

—Ne vous mariez pas.