—Tant pis pour les pauvres, n'est-ce pas? Eh bien! non, c'est bête, je le dis. Un employé jeune, intelligent, bachelier ou licencié, à quoi l'emploie-t-on? À compulser des registres comme vous, ou à copier des paperasses comme moi! ce qu'un garçon de bureau pourrait faire!

—Peut-être avez-vous raison de penser cela, mon ami, mais vous avez tort de le dire, les murs ont des oreilles.

—Mais enfin,—dit André en baissant la voix,—est-ce juste, est-ce moral? Le règlement veut que je sois augmenté tous les trois ans; si je ne le suis pas en janvier, comme j'ai cinq ans de service, c'est deux ans qu'on me vole; si je suis augmenté, c'est deux ans de perdus. Sortez de là!

Crescent se mit à rire, ses contradictions n'étaient pas sérieuses, mais il était devenu sceptique:

—Il y a dix ans, je parlais comme vous. Aujourd'hui je suis résigné. Si pénible que soit votre situation, estimez-vous encore heureux qu'il ne vous arrive rien de pire. C'est ma devise, vous savez!

André pensif, regagna son bureau. Et pendant toute la semaine, il se dit:

«Serai-je ou non augmenté! Ce souci est grotesque? Non: vingt-cinq francs de plus par mois sont une somme énorme dans un petit ménage.» Puis il haussait les épaules, trouvant la vie trop mesquine.

Janvier arrivé, André n'eut pas d'avancement. Peu d'autres en eurent, mais cela lui semblait plus amer à lui, qui avait de lourdes charges. Crescent non plus n'eut rien. Peut-être malgré ses objections d'une bonhomie sceptique, s'était-il attendu à une augmentation méritée; car ce jour-là, il semblait, assis dans un fauteuil, plus fatigué, malgré son bon sourire, avec sa respiration courte, annonçant l'asthme.

Plusieurs mois passèrent.

Un dimanche les Damours déjeunaient chez les de Mercy.