André n'osait pas rentrer chez lui. L'humiliation était trop forte: quoi! il avait diminué, ravalé son existence afin de ne devoir rien à personne; il vivait modeste et laborieux, et on lui enlevait sans raison, par arbitraire, son strict gagne-pain! Il erra par les rues; le temps lui semblait ne vouloir passer.
Alors, par faiblesse, ou par cette confiance qui fait qu'on aime mieux chagriner le coeur éprouvé d'une mère que celui, incertain encore, d'une jeune femme, André monta chez Mme de Mercy et lui dit tout.
Elle ne pleura pas.
Il l'avait souvent vue gémir ou récriminer pour des faits sans importance; mais là, elle se leva stoïque, et se raidissant contre la douleur:
—Va, André, va retrouver ta femme, nous arrangerons cela, mon enfant!
Et sa voix, décisive le raffermissait, sans qu'il sût pourtant vers quel espoir se tourner.
—N'y pense pas trop, dit-elle, il viendra un temps meilleur.
Et elle se tut, ayant besoin de toute sa force.
Ils s'embrassèrent. Alors, un peu soulagé, mais fiévreux, André alla à pied vers la Bastille. Qu'allait dire sa femme? Et un doute cuisant lui tenait au coeur. Serait-elle à la hauteur de l'épreuve? Allait-elle se répandre en doléances inutiles? Hélas! c'est à cette heure qu'il sentait, quoique innocent, la responsabilité terrible de ses devoirs de mari et de père. Cet entourage qui ne vivait que parce que sa propre volonté l'avait créé, cette femme aux qualités et aux défauts d'enfant, cette petite fille frêle, ces deux servantes mercenaires, cet appartement plein de meubles familiers, tous les êtres et les choses qui entouraient André, qu'allaient-ils devenir?
Et dans le brouillard de la fin d'hiver, trébuchant sur le pavé gras, il remuait mille doutes, souffrait mille angoisses.