Quand il fut plus calme, et plus tard quand des scènes pénibles, comme dans tous les ménages, éclatèrent, André se souvint de cet instant de tendresse. Et parce qu'elle n'avait pas douté de lui à ce moment cruel, et qu'elle avait mis ses lèvres, avec pitié, sur ses yeux pleins de larmes, il lui pardonna beaucoup et ne cessa point de l'aimer.
Ce soir-là, ils n'osèrent ou ne purent prendre de résolutions. Ils se sentaient seuls, abandonnés, et pour la première fois, avaient conscience du peu que tient la vie d'une famille dans la grande mêlée des hommes.
Des roulements de voitures leur mouraient aux oreilles. Tout se taisait dans la maison, le feu s'éteignait dans la cheminée, la lampe baissait, les choses elles-mêmes étaient tristes. Et eux restaient assis, les mains ouvertes, trompant leur angoisse par de vaines paroles.
Pour éviter le supplice de se sentir vivre ainsi, à vide, ils se couchèrent, se pressant dans leur faiblesse, l'un contre l'autre.
—André,—disait Toinette,—tâchons de dormir.
Et ils feignirent le sommeil, avec la respiration pénible des gens éveillés. Tous deux ressassaient l'intolérable question:
—Que devenir?
XI
André, le lendemain, se mit en quête d'une place. De huit jours il ne trouva rien. Un homme intelligent pouvait donc mourir sur le pavé de Paris, sans avoir su gagner un morceau de pain!
Toinette d'elle-même dit:—La nourrice coûte trop cher, Marthe va bien, sevrons-la.