—Je ne suis pas dupe,—dit André en se levant, et il serra la main de
Crescent:
—J'accepte, et merci!
Il s'étonna de ne ressentir nulle honte, comme si entre braves gens, la reconnaissance était légère, agréable.
Par un camarade, André obtint aussi quelques travaux de librairie, une soixantaine de francs par mois.
Déjà Mme de Mercy avait apporté sa part de dévouement, et pris une résolution grave pour elle, qui n'aimait que Paris. Elle donna congé de son appartement, quoi que son fils lui pût dire, et fut s'installer en Seine-et-Marne, à la campagne, dans une petite maison de paysans.
—Vois-tu, disait-elle, là je dépenserai moins, car je suis à bout de ressources. Quand l'enfant naîtra, vous me le confierez, je le mettrai en nourrice au village, je le verrai plusieurs fois par jour, et vous n'aurez pas à vous en occuper.
—Mais, mère, vous ne pensez pas rester toute votre vie là?
—Mon enfant, quand vous n'aurez plus besoin de moi, je pense qu'avec mes faibles revenus, je prendrai pension dans un couvent; ce sera mon dernier morceau de pain, et je sais que vous ne me l'enlèverez pas.
Ce n'était pas un reproche; et que sa mère sauvegardât un jour la dignité de ses dernières années, André l'entendait bien ainsi; toutefois il souffrit, se reconnaissant la cause, bien qu'involontaire, de ces privations.
Donc il avait eu tort de se marier? Les gens pauvres ne se marient point! Que ne s'était-il éteint, dans une pauvreté fière, ne léguant à personne le poids de son nom?