Elle acceptait, et tandis qu'il regardait les grands vitraux, vite agenouillée sur un prie-Dieu, devant quelque petite chapelle illuminée, elle récitait une prière, et l'on sortait.

Mais il ne voyait point dans ses yeux cette flamme dont il avait vu, autrefois, le visage de sa mère ou de sa soeur s'éclairer.

Toinette, dont la foi était toute de superstition, de pratiques, et sans racines, entra moins dans les églises, cessa d'y aller.

Cette crise qu'ils traversaient, la ramènerait-elle à la religion des femmes: simulacres dévots, petites prières, bonnes résolutions, qu'on oublie par légèreté, une fois dehors?—Il n'en fut rien.

Il s'en étonna, sans s'en réjouir; sur quoi s'appuierait Toinette? Pourrait-elle, sans idées fortes et profondes, marcher cependant droit? Il y repensait souvent, s'étonnait de l'incurie d'âme, de l'indifférence de la jeune femme sur ces questions éternelles qui règlent et déterminent notre vie.

Mme de Mercy s'était décidée pour Chartrettes, un joli village, sur un coteau, dominant la Seine et la plaine de Bois-le-Roi. Elle ne serait pas trop loin de Paris.

La solitude lui semblait cruelle à son âge, mais elle, qui n'eût su modifier les petits défauts de son caractère, était capable des plus grands sacrifices. Aussi bien les chagrins ne lui avaient pas manqué. L'abbé Lurel était parti. Sa vieille amie Mme d'Ayral, perdue au fond d'un château de Bretagne, y vivait, paralysée, attendant sa fin.

Ses chères affections se détachaient d'elle.

La meilleure, André, ne lui appartenait plus. Il était à une autre, et cette autre, hélas! n'aimait point la mère de son mari.

Mme de Mercy avait éprouvé un grand trouble en embrassant Marthe pour la première fois. Un moment, elle avait espéré rattacher sa vie déracinée à la frêle existence de l'enfant. Elle eût voulu que celle-ci grandît vite et l'aimât. Elle cherchait sur le petit visage la ressemblance d'André, sa ressemblance à elle-même. Mais comment assouvir sa soif de tendresse? le bébé était encore dans les limbes, de pâles sourires erraient sur son petit visage, ses mains s'agitaient à vide, dans une vie inconsciente et heureuse. Alors elle s'attendrissait: