Une angoisse poignante le suffoquait maintenant, dans ce dépaysement de la campagne, de la maison pauvre, des meubles laids. La grandeur, la simplicité du sacrifice de Mme de Mercy, lui apparurent entières. Et du passé se levaient tous les dévoûments, tous les héroïsmes maternels; ils pesaient sur lui, l'accablaient. Il sentit que sa mère morte, il ne serait jamais quitte envers elle, ne lui aurait jamais rendu le quart de ce qu'elle avait fait pour lui.

Il craignit qu'elle ne le devinât; aussi se détournait-il vers la fenêtre. Il pensa:

«Non, je ne m'acquitterai pas envers elle, mais envers mes enfants. Le dévoûment ne se paye pas à qui en fait preuve, mais à ceux qui en ont besoin à leur tour. La loi du devoir se transmet de père en fils, et c'est ainsi que je paierai ma dette.»

Alors il se sentit plus calme et son chagrin n'eût plus rien d'amer. Sa mère n'était-elle pas résignée? Lui de même devait l'être, et les enfants, en grandissant, bénéficieraient de leur mutuel amour.

—Adieu, mère, il est temps.

—Je vais t'accompagner un peu.

Ils descendirent, suivant la grand'route. Des nuages blancs moutonnaient dans le ciel. Bien qu'ils marchassent lentement, on arriva au tournant, et Mme de Mercy fatiguée s'arrêta.

Ils se dirent adieu.

Longtemps, en se retournant, André l'aperçut, immobile dans la poussière, et qui lui faisait signe de la main. Quand il franchit le pont, il ne la vit plus. Alors, il hâta le pas, sans regarder autour de lui.

II