—Ah!—fit André avec calme, quoiqu'il sentît bien le coup—et pourtant vous avez parlé?
—Parlé, crié, prié, mais, mon ami, je vais dire le mot terrible: ils ne comprennent pas. Leurs sentiments sont atrophiés. La mère n'a jamais aimé ses filles, elle se soucie bien qu'elles soient malheureuses. En ce moment, inconsciente, elle pousse au mariage de Berthe, et Dieu sait…
—Comment, elle se remarierait?
—Ah! dans de tristes conditions. Depuis son veuvage, elle a toujours été à charge à ses parents; au figuré, car le grand-père payait son entretien. Elle est recherchée depuis quelques semaines par un vieillard riche, très connu dans Châteaulus. Sa famille est peu honorable. C'est un homme usé, flétri par la débauche. Berthe est encore une belle femme. Comment en est-il devenu amoureux? Sans doute par le dégoûtant calcul d'acheter pour rien des plaisirs qui lui reviennent fort cher.
—Et Berthe accepte… cela?
—Eh! mon cher!—dit Crescent avec amertume—le prestige de l'or! Elle sera riche, dominera le vieillard, l'enterrera, n'est-ce pas?
—Et les parents?
—Ravis. Tous, le frère en tête, célèbrent les louanges du vieux, c'est
Alphonse d'ailleurs qui a négocié ce mariage.
—Joli! fit André. Pouah! Et le grand'père Rosin?
—Il attend sa troisième attaque de paralysie, il ne peut remuer le visage ni les mains. Comprend-il? Peut-être, alors il doit bien souffrir.