Elle n'avait pas osé répondre: «Parce qu'elle est riche!» sentant bien que ce serait une méchanceté injuste.
Dans une autre lettre, venaient, selon la promesse donnée, des appréciations sur la propriété des de Mercy, sise dans la plaine du Chélif. L'avocat y constatait en substance, la beauté des terres, le bon état de la ferme, mais aussi la mauvaise foi du fermier, le peu de contrôle exercé par l'intendant d'une grande propriété, appartenant à une ancienne amie de Mme de Mercy. Cet homme, ne dépendant pas d'elle, acceptait des pots-de-vin, sa surveillance était nulle. «Il est malheureux, écrivait Damours, que vous ne puissiez gérer votre terre vous même, elle rapporterait le double.»
Ces lignes, André s'en souvenait, l'avaient frappé alors, comme émeuvent certains rêves, avant que le réveil n'en montre l'inanité.
Et pourtant, ce mot d'Alger, et l'évocation de ce pays, le troublaient de loin en loin, mystérieusement.
André, resté songeur pendant quelques jours, écrivit confidentiellement à Damours, qui ne répondit pas directement, «mais pourquoi André, jeune encore, ne s'intéresserait-il pas à l'agronomie, ne s'assimilerait-il pas des connaissances dont il ne pourrait que profiter, cette petite propriété devant, par la force des choses, lui revenir un jour?»
André eut alors un intérêt dans sa vie, mais il n'osa s'en ouvrir à sa femme.
VII
Sur la fin de l'hiver, on apprit la mort du grand-père Rosin.
Toinette pleura beaucoup. Il avait toujours été bon pour elle.
Ses parents héritaient d'une quinzaine de mille francs. Toinette, elle, de quatre mille, comme legs particulier. Crescent, qui tint André au courant de tout, lui transmit des détails à la fois répugnants et grotesques. «Les Rosin avaient été plus désolés par les quatre mille francs de leur fille; que réjouis par leurs quinze mille. Berthe, horriblement vexée, s'était renfermée dans sa maison.» Et Crescent disait toute l'âpreté de ces provinciaux, leur joie cupide, leurs colères honteuses, tout ce qui s'agitait de sordide dans leur âme.