—Mais,—dit Mme de Mercy en croisant les mains—qu'elle est belle! m'aimes-tu donc aussi, toi, mon petit ange?

—Oui!—cria Marthe, avec un accent indéfinissable, comme si elle comprenait.

—Oh! la mignonne!—s'écria la grand'mère—viens donc m'embrasser?

Et laissant tomber le chat, ses amours, elle étreignit fiévreusement l'enfant, lui baisa coup sur coup les yeux. Elle redevenait elle-même; elle causa et sortit par une fièvre du noir spleen dévot qui l'enveloppait. Elle rajeunissait de dix ans. Elle exigea qu'André envoyât une dépêche à sa femme et acceptât à dîner. Elle bourra l'enfant de confitures, et Marthe, par compensation, bourra le chat de meringues.

Mais il fallait partir.

André, dans le train qui le ramenait à la campagne la nuit, tenant dans ses bras l'enfant endormie, roulait des pensées pénibles. Des visites pareilles tueraient peu à peu sa mère; le lendemain quelle prostration, quel ennui reprendraient la pauvre femme! Et à l'idée de cette solitude, qu'emplissaient les paroles d'un aumônier et l'amour d'une bête, il frémit de pitié. «Ah! pensa-t-il, pour ces âmes désolées et presque mortes, il n'y a plus que Dieu!»

Et regardant aux vitres les étoiles, il se sentit dévoré de tristesse sans pouvoir pleurer; il eût voulu lui aussi espérer et croire.

—Enfin,—s'écria Toinette en les entendant rentrer,—une autre fois tu auras l'obligeance de me prévenir; je le savais bien que tu dînerais à Paris. Ce n'était pas la peine de dépenser une dépêche.

Il haussa les épaules. «Eh quoi! toujours jalouse! de qui donc? mon
Dieu! D'une morte bientôt.» Toute la nuit il eut des songes funèbres!

VIII