Elle ne répondit pas, comme si elle n'eût pas entendu, et sans voir André ni Marthe, elle caressait le chat, une bête émasculée, soyeuse, aux yeux verts; elle lui passait la main sur le dos avec tendresse, sans se lasser, comme si le dernier besoin d'amour dont son coeur de mère et d'aïeule était plein, se reportait sur cet animal.
—L'aumônier est bien excellent, dit-elle, le connais-tu? il n'est pas encore veau me voir aujourd'hui. Il dirige ma conscience. Je m'en trouve bien. Reste-là, mon pauvre chéri,—dit-elle au chat qui voulait s'en aller.
Un malaise oppressait le coeur d'André, dans cette grande chambre sombre, près de sa mère si vieille, si jaunie, et dont les regards n'avaient plus d'expression pour lui, pour la petite fille; il en souffrait, et Marthe ouvrait de grands yeux étonnés. André sentit qu'on ne l'aimait plus; c'était le châtiment.
—Ma mère, dit-il, en lui prenant la main, je t'aime bien!
Elle abaissa sur lui ses yeux errants, et son visage, à cette voix chère, parut se souvenir.
—Je le sais, moi aussi, je vous aime, mon pauvre enfant!
André pâlit, ému par ce mot, où il y avait bien de la pitié; il était donc à plaindre; il serra plus fort la main de sa mère.
—Marthe lit à livre ouvert, crois-tu,—dit-il avec un sourire forcé.
—Ah!—Et comme si seulement elle rentrait en elle-même:—Mais je ne l'ai pas encore bien vue, tire donc les rideaux, André!
Il s'empressa d'obéir.