«Que deviendraient sans la foi, des âmes comme celle de sa mère? Trop mondaines jadis, et restées trop vaines pour se résigner à la vie telle qu'elle est et se contenter de la satisfaction austère du devoir accompli, incapables de renoncer à une sanction après leur mort, avides d'idéal et de justice, n'était-il pas heureux que la religion leur fit une existence tolérable, une agonie presque douce?

Ces impressions, la dernière visite qu'André avait faite à sa mère avec la petite Marthe, les avait renforcées.

Il l'avait trouvée très affaiblie; les rideaux à demi fermés au jour d'hiver, ne laissaient passer que peu de clarté. Elle se tenait assise, droite, comme elle s'était tenue toute sa vie, avec des regards perdus vers un coin de la chambre, où, sur le mur, un christ d'ivoire tordait ses bras.

—C'est toi, André,—dit-elle d'une voix sans timbre,—bonjour, mon enfant.

La petite Marthe, à qui, s'il était seul, son père parlait fréquemment de sa grand'mère, s'avança les bras tendus.

Mme de Mercy l'embrassa sur le front.

—Ta fille a grandi,—et elle tendit la main vers une vieille bonbonnière d'où elle tira quelques anis.

—Plume va bien?—demanda-t-elle, avec intérêt,—son fils est en bonne santé;—et elle appela son chat, donné jadis tout petit par André; il sortit de l'obscurité, miaula et sauta sur les genoux de la vieille dame qui le caressait.

—Et l'autre, le petit Jacques, on ne me l'a pas amené?

—Il est enrhumé!