Elle pensait, raisonnait par elle-même davantage.

C'était une initiation mystérieuse, une vie d'âme nouvelle.

Déjà elle acceptait tacitement la vie, elle savait le prix de sa jeunesse, et vivait au jour le jour, sans déplorer le passé, indifférente à l'avenir.

Enfin dans ce cerveau d'enfant, débarrassé peu à peu des empreintes provinciales, se développait, comme en une terre sarclée et fécondée, assez d'intelligence pour subir la vie, assez de tendresse pour en jouir, assez d'esprit pour en faire, jouir les autres.

Toutes ces impressions, Toinette eût été incapable de les formuler, d'en analyser la millième partie, mais elles se traduisaient, significativement, dans sa façon d'être, plus courageuse et plus tendre, plus résignée, plus gaie, plus saine.

André la regardant, pensait:

—Ah! elle n'est plus la même; pourquoi donc? m'étais-je trompé sur elle? est-elle arrivée à un moment de crise, à une puberté de l'esprit? Je ne puis croire que ce soit moi qui aie eu quelque influence sur elle?

Il était devenu modeste, c'était beaucoup; et son esprit aussi avait donc mûri et gagné; mais il se trompait, car peu à peu, de concert avec les événements, il avait modifié sa femme, moins par ses paroles que par sa façon d'être et d'agir. Son calme, sa bonté, son travail avaient à la longue plus fait sur elle que les raisonnements et les supplications.

«Mais, pensait-il, ces bonnes dispositions continueront-elles?… Oui! car maintenant c'est à moi de les entretenir…»—Un triste sourire passa sur ses lèvres:

«Mieux vaut tard que jamais! mais c'est bien tard, non pour moi ni les enfants qui avons la vie devant nous, mais pour ma mère, elle avait le droit d'être heureuse, pourtant! Ah! j'ai été trop faible!»