À ce moment-là, André avait oublié tous ses griefs contre elle, et il ne s'en servit point pour se consoler. Il l'envisagea avec une tendresse et une reconnaissance ardentes, et attendri, il renonça presque à son projet pendant quelques semaines, en disant: «C'est impossible!»

Mais pas plus qu'il ne s'était résigné à son triste emploi, et à sa solitude, il n'eut le courage de chasser l'obsession morbide.

V

Alors, l'idée de mourir le hanta, elle vivait avec lui, peuplait ses cauchemars. Il se sentit moins triste. À penser qu'il serait libéré, plus tard, un jour, bientôt peut-être, et que cela dépendait, en somme, d'une détermination suprême, il se sentait plus calme, presque heureux. Puis l'habitude, il le savait, émousse les sensations et les sentiments les plus vivaces. Ce qui semblait absurde ou monstrueux la veille, devient au bout de quelques jours, acceptable et possible. André, et il en rougissait, s'habitua à l'idée du désespoir qu'il causerait à sa mère. Alors il laissa place, dans son esprit, aux sophismes.

«Elle est pieuse, elle priera, elle trouvera la paix, la résignation, elle se consolera.»

Puis:

«Elle est si bonne, elle me pardonnera, elle déplorera le sort, mais elle reconnaîtra que c'était inévitable.»

Et peu après:

«Sera-t-elle si seule que je le crains? Mme d'Ayral lui offrira peut-être de vivre avec elle; l'abbé Lurel a pour elle une vieille affection. Tous trois se comprennent mutuellement, beaucoup plus que ma mère et moi ne nous sommes jamais compris.»

Il s'arrêta court, se sentant injuste, et percevant la vérité, par un contre-coup soudain: