«Le hasard, murmura-t-il, est bien étrange! Pourquoi sont-ils venus maintenant, ces êtres que j'envie? Tout à l'heure, ils m'eussent désespéré et poussé à me tuer; et en cet instant, ils m'inspirent je ne sais quel espoir, et quels rêves impossibles.

«Impossibles? qui sait! qui donc sait l'avenir? N'étais-je pas bien sûr que le coup partirait, tout à l'heure? et cependant…»

Il songeait toujours à faire un second essai, celui-là réussirait, il le sentait; une répugnance invincible l'arrêta. Manquerait-il de courage? mais la preuve venait d'être faite, il n'avait ni pâli ni tremblé, que fallait-il de plus?

Alors, pour la première fois depuis trois mois, peut-être depuis cinq ans, et il lui sembla aussi depuis le premier jour de sa vie, il respira avec une joie profonde l'odeur des herbes, et contempla le ciel. L'azur en était profond, doux et immaculé. Les arbres vigoureux étendaient leurs grands feuillages. De nouveau André se sentit vivre, et cette fois, avec joie, il écouta les palpitations heureuses de son coeur.

Véritablement il ressuscitait.

Craignant que sa mère ne trouvât la lettre d'adieu qu'il lui avait écrite, il hâta le pas. Le soleil déclinait, moins chaud; les voitures et les gens rentraient dans Paris. André suivit le flot: lui aussi rentrait dans le tumulte et la bataille pour la vie, mais ses chagrins ne lui semblaient plus irrémédiables, et il se sentit naître un pâle espoir, en admirant, sur les ponts, la Seine, teinte au coucher du soleil de reflets d'or et de pourpre.

Il dîna de grand appétit, fut gai et expansif, et passa avec sa mère une des meilleures soirées de sa vie.

En brûlant la lettre désespérée, qu'il avait laissée dans un livre, il pressentit que c'était fini, qu'on ne se tue ou qu'on ne se manque qu'une fois, qu'il vivrait, désormais.

Il ne put s'empêcher de rire, en s'endormant:

«Ah! ah! mon ami, tu n'aurais pas tenté une seconde épreuve?