«Comment se fait-il que depuis quatre ans, je vois ce… Crescent, pour la première fois? Alors si je m'étais tué hier, il aurait trouvé aujourd'hui visage de bois?… C'est comique, le hasard! Et qui sait où je serai, ce que ferai dans six mois?
«Ma foi! c'est la première figure supportable que j'aperçoive ici!»
Cette pensée lui fit bien accueillir le rédacteur, lorsqu'il revint, le surlendemain, sans prétexte, uniquement pour causer. André lui rendit sa visite. Crescent habitait, sous les toits, au bout d'un long corridor encombré de cartons et de liasses ficelées, une petite pièce, où l'on se croyait au bout du monde. Devant la fenêtre en tabatière, se balançaient des cimes d'arbres, des corbeaux voletaient d'une aile lourde.
Plusieurs fois, il passa prendre André, à cinq heures. Ils s'accompagnaient un moment. Isolés tous deux dans l'administration, ils contractèrent, malgré la différence de leurs âges, une affection simple et cordiale.
André, invité à dîner pour la troisième fois, accepta. Un scrupule lui venait, de n'avoir pu présenter Crescent à Mme de Mercy, mais était-ce possible? Aurait-elle compris que son fils se sentît à l'aise, confiant et familier, avec un homme du commun?
Et cette différence même entre les deux hommes, donnait quelque naïf plaisir de vanité à André, car il s'estimait supérieur à ces honnêtes gens.
Il alla donc dîner chez eux.
Ils demeuraient aux Batignolles, dans une vieille maison à immense cour, où une herbe rase pointait entre les pavés. L'escalier avait de grandes marches de pierres, comme en province.
Il sonna: un vacarme s'éleva, bruit de chaises, rires et cris; on déverrouilla la porte qui s'ouvrit, montra trois fillettes et un petit garçon joufflu, tandis qu'un jeune homme pâle et sa soeur, s'empressant, introduisaient André.
Crescent était dans le salon, tout réjoui: