Et il se présenta:
—Sylvestre Crescent.
Tandis qu'André donnait les explications attendues, Crescent le regardait, le voyant pour la première fois, avec une instinctive sympathie.
Il lui trouvait l'air distingué, la main blanche et la moustache fine.
Il le vit triste et s'en demanda la cause.
André constata que Crescent était court, commun, négligé; mais le visage lui plut: c'était une grosse tête ronde, aux traits accentués, dont les yeux, pensifs et doux, contrastaient avec le rire perpétuel de la bouche.
Tous deux se convinrent. Ils s'étonnaient, sans se le dire, de ne s'être jamais rencontrés avant ce jour. Crescent, son affaire réglée, ne s'en allait pas; il s'assit, et l'on causa. Il était là depuis dix-sept ans, rédacteur à trois mille francs, et ne deviendrait jamais sous-chef… Il avait conquis une liberté relative; son travail étant intermittent, il le liquidait en quelques semaines, trois ou quatre fois l'an, puis usait du temps qui lui restait. Il eut de la peine à se lever, et pressa longuement la main d'André, comme s'il ne pouvait se décider à le quitter. Enfin, avec un bon sourire, il s'écria:
—Allons, au revoir!
«Drôle de bonhomme, pensa André, il est marié, je crois qu'il a parlé de ses enfants, il n'est pas riche, il trime toute l'année et avec cela il a l'air heureux; comment fait-il?»
Il reprit sa besogne avec mélancolie.
«On dirait un brave homme!»—Et il mit dans son jugement un peu de bienveillance protectrice, car André, accusé à tort de fierté, ne se départait cependant pas d'une réserve assez froide. Sa poignée de main, au lieu d'attirer la familiarité, la coupait court.