—Il n'a que quatre ans!—dit le père avec orgueil.
André observait ce milieu, si nouveau pour lui. Marie avait une sollicitude charmante pour ses soeurs, elle prit de force le poupon à sa mère, et l'alla coucher. André regardait Mme Crescent; belle certainement, autrefois, les grossesses, le souci du pain quotidien l'avaient fatiguée. Elle gardait de beaux cheveux cendrés, un teint animé et un doux sourire.
Le dîner fut gai, troublé seulement par une querelle entre deux des petites soeurs; l'une, vive, avait renversé de la sauce sur la jupe de sa soeur, et l'autre, avec désolation, se lamentait, criant que la robe était perdue. Marie lava la tache.
Comme on prenait le café, le bébé poussa des cris gutturaux, d'une violence exceptionnelle. Mme Crescent disparut. Son mari et André allèrent au salon, tandis que les enfants desservaient, que Marie nettoyait les couverts et que le fils aîné, sur un coin de table, le nez sur un livre et le crayon à la main, se remettait obstinément à travailler.
Seul à seul, Crescent regarda André avec un bon sourire, et quittant le ton de cérémonie:
—Excusez-nous de vous recevoir si mal, la maison est toute en l'air, ma femme va revenir; tant d'enfants, vous savez…
Il sembla à André que cet homme pensait bonnement: «Que de tracas, de soucis, n'importe, la vie est bonne!»
—Tant d'enfants!—répéta Crescent avec un geste d'excuse,—que voulez-vous, les gens riches économisent là dessus, ils me font rire avec leur Malthus. Eh, sapristi, que voulez-vous qu'on fasse, là, entre nous deux? Ne pas avoir d'enfants, mais est-ce que ce ne serait pas une abomination? Je ne veux pas savoir comment font les autres,—dit-il avec énergie,—non! je ne veux pas le savoir, mais j'aime mieux être à ma place qu'à la leur. J'aime ma femme d'ailleurs, je ne saurais pas la traiter en maîtresse. Que diable!…
Il s'arrêta court: Marie lui apportait sa pipe, toute bourrée, elle lui présenta un papier enflammé, puis disparut.
Les deux hommes s'étaient assis.