—Antoinette Rosin,—dit Mme Crescent,—c'est une parente éloignée de
Sylvestre, elle achève ses examens, afin d'être institutrice.

—Cette figure me plaît, dit André.

—Pauvre petite!—dit Crescent pensif,—elle ne se doute guère qu'en ce moment un beau monsieur de Paris la dévisage; oui, celle-là vous aurait convenu, mais…

—Elle n'a pas de fortune,—dit Mme Crescent avec un ton ferme qui masquait un attendrissement, car elle aussi s'était mariée pauvre.

—C'est de la bien petite bourgeoisie, monsieur André, et si un mariage, socialement, est impossible pour vous, c'est celui-là,—dit Crescent.

—Pourquoi donc?

—Votre mère n'y consentira jamais. D'ailleurs,—ajouta Mme
Crescent,—on nous a écrit qu'Antoinette allait se marier, n'est-ce pas,
Sylvestre?

—Oui, sans doute, je crois!—balbutia-t-il, gêné par un mensonge qu'il reconnaissait nécessaire, car André, pensif et l'oeil brillant, contemplait fixement le portrait.

L'album, retiré doucement par Mme Crescent, lui glissa des mains; et il lui sembla que son bref bonheur s'évanouissait. On lui remontra les deux demoiselles riches, on renchérit sur leur compte.

—Laquelle préférez-vous?