Aidée de sa soeur, elle tira d'un placard, de la chartreuse et de l'anisette, courut emplir une carafe à la fontaine.
Les regardant aller et venir, André trouva que l'aînée, Mme Berthe était belle, et que Toinette était jolie. La jeune veuve avait un port fier et un air de femme faite. Sa soeur séduisait par sa fraîche jeunesse, sa santé, ses mains un peu rouges, sa robe qui l'habillait mal.
Et André ne pensait plus au choc éprouvé à première vue, se disait: «Il faut voir, réfléchir!»—En même temps, il sentait que c'était inutile, tout vu et tout réfléchi déjà, qu'il s'habituerait vite, qu'elle lui plaisait enfin. Seulement, qu'il y avait loin entre la jeune femme blonde et séraphique de son rêve, et cette fraîcheur paysanne, cette ingénuité provinciale!
Tandis que sa soeur offrait un verre à Crescent, elle-même en présenta un à André. Droite devant lui, avec un sourire, elle lui entrait dans les yeux un beau regard franc, coulé par deux yeux bruns. Sa gorge bien faite se soulevait légèrement. Elle avait tant de bonne grâce simple, qu'il faillit la serrer entre ses bras, pour un baiser de fiançailles. Il prit le verre, gauchement.
Déjà il ne pouvait plus, qu'à grand'peine, détacher ses regards d'elle; mais Crescent bientôt se levait et l'arrachait à ses premières impressions. On les invita à diner pour le lendemain.
Dans la rue, André marcha, rêveur, confus de n'avoir pas trouvé une parole.
—Eh bien? dit son compagnon.
André le regarda, sourit et ne répondit pas.
Ils visitèrent l'église, quelques monuments. Crescent, érudit, donnait des renseignements, que l'autre distrait, n'écoutait pas. Il songeait à Toinette.
Il dormit mal et fit des rêves saugrenus.