—Serviteur!—fit-il, avec un brusque salut, et il s'assit, courbant son grand corps maigre.

—Ma soeur arrive,—dit la veuve en regardant André.

Les yeux du vieillard allèrent dans la même direction, se fixèrent sur le visage du jeune homme, et le toisèrent de la tête aux pieds, sans curiosité apparente, avec un sourire mince; puis il baissa la tête, et muet s'enfonça dans une immobile rêverie.

Il avait un grand nez courbe, de petits yeux brillants, le menton relevé, l'air goguenard. Son fils le craignait, sa bru s'en méfiait, seules ses petites-filles l'aimaient, et il ne parlait guère qu'à elles. Il regardait peu M. Rosin, avait pour Mme Rosin de brefs regards qui réduisaient l'altière femme à des silences enragés; quant à son petit-fils, il ne pouvait le sentir.

Celui-ci justement poussa la porte et entra.

C'était un laid gros petit homme, à paupières bouffies, à mauvaise bouche, et bedonnant déjà. Il s'avança, poussé par Mme Rosin, qui s'écriait avec orgueil:

—Guigui! voilà Guigui!

Il salua d'un air maussade et déplut à André. Par bonheur, aussitôt
Antoinette entrait.

Elle offrit son front au vieillard qui la retint, la regarda dans les yeux, puis la laissa aller avec un sourire éteint.

Le coeur d'André se mit à battre. Les beaux yeux de Toinette venaient, subitement, de le rendre tout joyeux; mais quand elle fut près de lui, troublé, il ne sut rien lui dire, balbutia et adressa la parole, non à elle, mais à sa soeur.