Crescent et André s'en allaient; on les accompagna dans la cour. La nuit était pleine d'étoiles. André serra fortement les mains des deux soeurs; en se retournant encore, il vit les doux et lumineux yeux de Toinette, et sans savoir pourquoi il s'éloigna mélancolique. Un doute le tourmentait. Les Rosin se doutaient-ils de quelque chose? jouaient-ils une comédie d'amabilités? Toinette elle-même?…
«Non! non!—se disait-il, avec un petit sentiment de vanité,—elle ne sait rien.»
Par une association d'idées involontaire, une réminiscence absurde de collège lui vint, le mot de César, qui s'implanta, comme une obsession ironique dans son cerveau:
«Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu!»
Et il ne pouvait chasser cette phrase bête.
X
Un beau soleil se leva sur la troisième journée. En homme avisé, Crescent avait commandé deux voitures. Ses parents et lui montèrent dans l'une, on combla les vides avec le grand-père Rosin, qui au dernier moment, ragaillardi par le beau temps, voulut venir. On mit Alphonse près de lui.
Dans l'autre voiture s'empilèrent M. Rosin, sa femme, ses filles et
André. Les cochers firent claquer leurs fouets, et l'on partit.
André était maussade; il avait pour vis-à-vis Mme Rosin, qui lui emboîtait les genoux avec une force terrible. Tout le long du trajet elle s'inquiéta:
—Mon Dieu! pourvu que Guigui ne tombe pas! Il doit être bien mal, le pauvre enfant!