—Ne partons pas, dit André, restons ce soir, voulez-vous?

—Oui,…—Et elle l'en remercia d'un sourire.

Alors, chez les Rosin, dans la plus belle chambre, on leur dressa un lit. Mme Berthe, qui occupait la pièce voisine, aidait aux préparatifs, pensive, se souvenant d'elle-même. Mais André devint triste, regretta de n'être point parti. La mère mettait les draps avec lassitude; ses yeux ternes n'avaient pas d'expression.

Songeant qu'elle allait lui confier sa fille, André eut une impression inattendue qui le surprit, et se demanda pourquoi tant de vieilles femmes ont sur leur visage usé, et dans leurs yeux éteints, l'air déplaisant de vieilles entremetteuses.

En bas, Toinette s'arrachait aux baisers envieux des femmes et des filles; André descendit. Sur l'escalier, le grand-père Rosin le croisa et, avec un sourire un peu triste et une expression singulière, lui fit un signe de tête amical, en levant un doigt en l'air, comme s'il l'avertissait… de quoi?

Toinette était sa préférée. Le signe s'adressait-il à toute leur vie future? Qui le savait?… Et André, troublé, revit le doigt maigre levé, qui s'agitait, pour un conseil ou un avertissement.

Toinette n'était plus en bas, on la déshabillait, chez Berthe.

Quand elle entra dans la chambre nuptiale, aux bras de sa mère et de sa soeur, un peu pâle et vêtue d'un peignoir blanc, le coeur défaillit à André. Ainsi on la lui livrait, elle était à lui, et c'était le prix du marché conclu. Mme Rosin se retira, Berthe passa dans la chambre à côté. Deux heures sonnèrent, mélancoliques dans la nuit; et debout, près du lit entr'ouvert, André et Toinette se regardèrent. Ce qu'ils éprouvaient, était sans paroles et même sans pensées. Pleine d'appréhensions devant l'inconnu, l'âme trouble, elle souriait, avec un imperceptible tressaillement nerveux. Lui plein d'angoisse devant la vierge, cherchait de vaines paroles, et bouleversé d'amour et de peur, il souriait aussi, confus. Les mots expiraient à leurs lèvres. Alors en silence, il lui tendit les bras, puis les lèvres; et ils s'étreignirent frissonnants, elle toute enfant, lui redevenu enfant, pour cette nuit de tendresses et de caresses, pour cette nuit unique au monde.

DEUXIÈME PARTIE

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