Huit jours après, un matin, ils se réveillèrent à Paris, comme au sortir d'un songe. Leur départ, le voyage, les heures écoulées, défilaient devant eux d'une façon confuse. Le coeur gonflé de tendresse, doucement ivres, ils ne savaient si leur arrivée était bien réelle, et s'ils ne dormaient point encore.
Pourtant, descendus sur le quai de la gare, et entrés dans la grande ville bruyante, ils se secouèrent, regardèrent autour d'eux, et se sourirent. Ils s'occupèrent enfin de leurs bagages et d'une voiture. Mais cela les étonnait d'agir, et ce fut d'une voix indécise qu'André cria au cocher l'adresse.
Le fiacre roula; bercés doucement, ils retombèrent à leur molle ivresse. Ils se contemplaient, perdus dans une pensée douce, ils se trouvaient beaux, admiraient leurs yeux battus et brillants, leur visage pâli par l'amour; ils se tenaient la main et se taisaient, tant leur bouche avait proféré de fois les aveux, les appels, les caressantes paroles.
La voiture s'arrêta brusquement; ils sursautèrent. On était arrivé, ils se mirent à rire.
—Montez,—dit André en désignant un escalier, dans la cour. Il la suivit, regardant la robe qui dépassait, sous le manteau de voyage.
«Ma femme! c'est ma femme!» répétait-il, et au sentiment délicieux de l'avoir possédée, s'ajoutait la joie de l'avoir sienne à jamais, de l'introduire dans l'existence nouvelle, de lui faire, dans l'appartement où elle vivrait, la surprise des meubles frais, de lui dire: «Vous voici chez vous, c'est bien modeste, mais j'espère que vous vous y plairez.»
—Là!—et il introduisit la clef dans la serrure—nous sommes au premier!
Cela déjà lui semblait une aubaine; tant de Parisiens habitent au cinquième. Mais Toinette, habituée à vivre dans une grande maison, ne prêta aucune attention à cet avantage. Elle s'étonnait même qu'on pût vivre, tant de locataires ensemble, entassés les uns sur les autres.
Le concierge déposa les malles. André ferma la porte.
—La domestique ne viendra que demain, dit-il. Nous sommes seuls, nous mangerons dehors, cela vous déplaît-il?