—J'ai fait de mon mieux, êtes-vous contente?

—Je vous remercie,—dit-elle très bas, car depuis leur mariage, ils se tutoyaient dans les moments d'expansion, mais revenaient au «vous» malgré eux, presque aussitôt. C'était leur pudeur mutuelle qui s'exprimait ainsi, avec une contrainte et une cérémonie involontaires.

Car telle était la bizarrerie de leur situation, commune à tous les jeunes mariés: ils ne se connaissaient qu'à peine, et d'autre part, liés par la possession amoureuse, ils ne pouvaient être plus intimes. De là, chez eux, un mélange ingénu de chatteries, d'effusions et de réserves subites, de gênes délicates.

Toinette et André prirent possession de leur appartement, ouvrirent les armoires, mirent les mains sur tout; elle s'assit à un petit bureau de laque et écrivit à ses parents, la plume grinçait; lui prit un livre et le lut, sans intérêt: leur dépaysement ne pouvait de sitôt cesser, il leur faudrait des jours et des mois avant qu'ils se sentissent chez eux.

André, en regardant écrire sa femme, goûtait d'avance les plaisirs de l'intimité, des matins d'été dans la chambre ensoleillée, des soirs d'hiver, quand pétillerait la flamme.

Ils sortirent sur la place Saint-Sulpice; André désigna l'église:

—Veux-tu entrer?

—Oui.

Devant une des petites chapelles consacrées à la Vierge, elle s'agenouilla. Debout et en arrière, il la regardait, penchée, le front dans ses mains; les cheveux bruns, durement tordus, dégageaient la nuque fraîche, d'un blanc d'ivoire. Il resta pensif; que de fois il avait vu sa soeur Lucy, prosternée ainsi en de longues prières, lui revenir avec des yeux d'extase et une clarté sur le visage. Mais Toinette se signa rapidement, lui prit le bras en souriant.

Frappés par la même idée, ils se rappelaient la messe de leur mariage, et leurs impressions troubles, en cet instant.