Mais Banville poursuivait avec fougue :
« — Ainsi, dans Pierrot en Afrique, des jeux de scène, quand Deburau laisse tomber son fusil !… »
Et, pour m’en donner une idée, Banville me marcha sur les pieds et me bouscula, en me faisant bien remarquer comme Deburau, en fantassin loustic, était agile !
Au fait, il se moquait de moi, fidèle à son rôle d’ironiste, et peut-être n’eut-il pas tort. Mais j’en ressentis un peu de peine, car je vénérais en lui le poète rare et le délicieux conteur en prose.
Ses préférences allaient trop à la pantomime d’antan pour se complaire à autre chose : l’idée d’un Pierrot tragique choquait son sens de la mesure et son respect des traditions, comme un manque de goût envers un type absolu, éternel.
« Si Pierrot est tragique, devait-il m’écrire plus tard, quel avantage a-t-il sur Thyeste ? »
Il fut question pourtant, de manière vague, d’une représentation chez lui : elle n’eut jamais lieu, à cause des tapis dont Mme de Banville, avec un soin jaloux, entendait préserver l’intégrité, et que mon blanc eût pu salir.
L’accueil de Coquelin Cadet ne me fut pas plus propice. On me présenta à lui dans un café du boulevard, avant une représentation ; il était aux prises avec une tranche de roastbeef aux pommes. Il cligna de l’œil, la bouche en coin, plongea : « Monsieur !… » et devant Armand Silvestre, attablé paisible à son côté, il m’interrompit, la fourchette en arrêt, guignant mes cheveux bouclés au fer :
« Pardon, monsieur ! Vous faites sans doute partie de la Société des Hirsutes ? »
Cette réunion bizarre existait, en effet.