— Oh ! que tu es bon !… murmura-t-elle dans un souffle pâmé, où la reconnaissance n’étouffait pas un arriéré de rancune et l’indulgente pitié que méritait un homme assez naïf pour régulariser devant M. le maire son indiscutable misère conjugale.
M. Péniche fit bien les choses. Il montra du tact et du naturel. Il déclara sans rire à Clarisse qu’ils accomplissaient là un acte solennel où elle devait voir la récompense de sa longue fidélité et de son inaltérable dévouement. Il avait tenu à lui en offrir la surprise, et pour cela il avait fait vingt-six démarches et dépensé d’appréciables sommes en autobus, métro et fiacres, qu’il ne regrettait pas, puisque dorénavant, mariés selon les justes lois, ils goûteraient un bonheur fortifié par la considération publique.
Au restaurant, le repas fut cordial et animé.
Le civet de lièvre à la royale y précéda une poularde bourrée de truffes et des asperges phénoménales ; on but du vin de la Moselle, du corton chaleureux et un champagne sec qui mit les cœurs en joie. Pensive, Mme Péniche supputait les avantages d’un avenir désormais équilibré entre un mari attentif et un amant supérieur.
Elle éprouva le besoin de rapporter en détail de si grands évènements à Jean Clerbœuf. Elle tint même à les lui répéter, si bien que M. Péniche put, en toute certitude, accompagner la visite domiciliaire que, sur l’autorisation du parquet, accomplit un commissaire de police, muni, lui aussi, d’une écharpe tricolore et investi du droit redoutable de vérifier comment Mme Péniche respectait son contrat de mariage.
M. Péniche eut la satisfaction de n’arriver ni trop tôt ni trop tard. Il eut le loisir de contempler, d’un œil froid et acéré comme celui de Basilic, son épouse vêtue seulement, outre sa chemise, d’un chapeau à plumes et d’un corset rose. Jean Clerbœuf, lui, se fit un peu chercher ; mais on le retira d’un placard où ses pieds nus, hors des bas de jambes d’un pantalon élégant et qui faisait le pli, prenaient le frais sur le carreau.
Le divorce pour adultère fut prononcé quatre mois après. M. Péniche, magnanime, fit grâce aux infortunés des vingt-cinq francs d’amende qu’un tribunal rigoureux eût pu leur départir. Et débarrassé, sans autres frais, de Clarisse, loué par ses amis et soutenu par l’opinion pour sa franche et correcte attitude, il vit désormais heureux, remarié avec une jeune institutrice qui le trompe sans scrupules avec un photographe.
LA MONTRE
Francis me dit :
— Quand on parle de la perversité des femmes, on oublie trop qu’elles sont, comme l’a écrit Michelet, des malades. Quel est le romancier qui, dans les crises que ses héroïnes traversent, a osé indiquer l’influence morbide et chronique qu’elles subissent ? Tous les actes de folie de la femme, ses crimes, ses adultères, ses vols — (celles qu’on arrête dans les grands magasins) — les commettrait-elle, sans l’impulsion d’un état sanguin et nerveux qui récidive chaque mois, aux changements de lune ? Je sais des femmes qui ne voient revenir qu’avec terreur les troubles qui accompagnent le flux, et des maris qui ne redoutent pas moins la semaine dangereuse où, perturbée, l’épouse cesse d’être elle, semble un autre être, soudain crispée, colère, pleureuse, un peu folle ! Il est des femmes, plus profondément, plus longuement atteintes en leur source vive, et qui, comme Janus, ont deux visages et laissent alternativement percer deux âmes contraires, l’une bonne, douce, tendre, l’autre mauvaise, révoltée, toute sèche. Des tempéraments chastes, sous le maléfice lunaire, s’affirment luxurieux. Telle, le reste du temps patiente, prend en grippe son mari, ses enfants et son ménage, se jetterait aux pires aventures !