— Ma montre ? Trois mois après, je reçus un petit paquet par la poste ; cela m’était envoyé d’une petite ville du Nord, où je ne connaissais personne. Dans de la ouate, ma montre reposait, inerte ; mais, après les douze tours de clef, les aiguilles repartirent et la sonnerie chanta. Le verre était cassé, par exemple.

Francis, perdu dans ses souvenirs, avait baissé la tête.

— Et tu n’as plus entendu parler de Mme Solis ?

— Si ; elle a mal fini. On l’a, paraît-il, arrêtée depuis dans un grand magasin au moment où elle volait une broche en strass ; une perquisition chez elle a amené la découverte d’un tas d’objets de luxe, tous brillants et scintillants, comme l’or, l’argent, les pierreries ; mais pas un chiffon, ni une dentelle. Ç’a été un affreux scandale, le parquet a été saisi. On n’a étouffé l’affaire qu’en la faisant passer pour folle. Son mari, de chagrin, s’est livré à la morphine ; il est mort, il y a quelques années.

— Et elle ? demandai-je.

Francis dit en baissant la voix :

— Elle vit toujours, et dans l’établissement où elle vieillit enfermée, elle vole les épingles et les boutons de métal de ses co-détenues.

Il ajouta :

— Elle est en proie à des attaques de grande hystérie, naturellement. Cette voleuse est avant tout une malade.

Un silence triste ; et Francis, haussant les épaules, conclut d’un accent de pitié sincère :