Portières, Sifflet. Départ.
M. et Mme Girolle, ankylosés d’avance pour dix-huit heures, se rencognent et se toisent avec une férocité contenue, où couve la scène perdurable qui remplit leur vie, et va, dans cinq minutes, exploser à nouveau.
V
LES GRANDES IDÉES DE M. COLEMBERT
C’est dans le salon à bow-window de la villa Pastougnette.
Le locatis dans son horreur ; cretonnes sales et peluches usées ; poufs et fauteuils crapauds, tables en arabesques. Sur la cheminée, entre deux grands coquillages roses, une pendule Empire en bronze se refuse à marcher. Chromos encadrés aux murs.
On dirait que le propriétaire s’est ingénié à orner la villa de tout ce que les bric-à-brac ont de plus hétéroclite et de plus minable ; il l’a louée pourtant outrageusement cher. Naturellement, la cheminée fume et les odeurs de cuisine montent du sous-sol.
Le choix de cette demeure et le fait qu’elle s’en accommode supposent chez Mme Goulart une véritable perversité mentale. Évidemment elle savoure le contraste et se délecte à songer que, pour quinze mille francs, elle occuperait, si elle voulait — mais elle ne veut pas — une villa somptueuse, et qu’à Paris, son hôtel regorge de richesses, dans le noir des volets clos.
Contre la baie, dont le store déchiré se relève, cingle une de ces pluies diluviennes qu’on ne voit que dans le Midi. Des palmiers aux plumes déchiquetées, des cactus hérissant leurs dards, de vilains arbres-chenilles, tout l’économique jardin tropical, sans autres fleurs que deux maigres plates-bandes de géraniums.
La tante Arsène et le cousin Colembert viennent de jouer leur septième partie de dames, cependant que Mme Colembert, restée dans la chambre de Zoé Lacave, reprise, avec celle-ci, les bas de la tante.
Cette fois encore, Mme Goulart vient de gagner, malgré la belle défense de Colembert, très fort au jeu et assez astucieux pour lui laisser le mérite d’une victoire chèrement disputée.