Madame Goulart. — Mon gros, on ne me fait pas marcher quand je ne veux pas.
Colembert. — Parbleu, je le sais bien. Mais que vous avez tort ! Ah ! que vous avez donc tort ! Tenez, cette exploitation des Salines de Rahat-Schouss, vous ne soupçonnez pas l’extension qu’elle peut prendre : garanties de toute sorte ; la grande banque internationale marche derrière nous. Les dividendes atteindront le quarante du cent.
Madame Goulart. — Trop beau pour moi.
Colembert, s’enflammant. — Oui, voilà ; vous êtes comme toutes les riches, vous vous engourdissez sur votre fortune. Voyons, l’autre jour, à Monte-Carlo, quand je vous ai ramassé la forte somme, est-ce que vous ne trépidiez pas aux sensations palpitantes du jeu ? Ça, c’est vivre !
Madame Goulart. Ta ! ta ! ta ! C’est un miracle que d’avoir gagné. Et vous ne m’y repincerez plus. Vos Salines — comment dites-vous ? — de Rapate-Shouss ne verront pas mon argent.
Colembert. — Tant pis pour vous. Vous préférerez, je gage, vous intéresser à mes monoplans-parachutes, qui suppriment tout risque en cas de descente brusque ?
Madame Goulart. — Oh ! ces machins-là ne m’intéressent pas.
Colembert. — Cependant, le patriotisme…
Madame Goulart. — Je suis patriote. Mais je ne compte pas monter en aéroplane. Alors ?
Colembert. — Avez-vous du moins réfléchi à mon idée d’adjoindre à l’œuvre si intéressante que vous patronnez, « l’Œuf à la coque », destinée aux enfants et aux vieillards, l’œuvre annexe de « l’Œuf dur », réservée aux convalescents et aux adultes ? Cette opération philanthropique vous couvrirait d’honneur et rapporterait du dix pour cent. Il ne vous manque qu’un bon directeur. Je m’offre.