C’est un grand gaillard rasé à l’américaine, avec une bouche amère et des yeux d’un bleu aigu. Sa raideur correcte a impressionné favorablement Mme Arsène Goulart et calmé les transes de Zoé Lacave qui, sitôt sur le pont d’un bateau, défaille.

Mais Colembert n’est pas rassuré. Il sait que son ami Perdriggers — un type extraordinaire ! — est sous pression d’une formidable griserie d’éther, et que cet état peut déclencher en lui les pires accès d’extravagance. Il n’ignore pas que le capitaine Marius Boultabène a dû plus d’une fois, en pareil cas, cadenasser dans sa cabine « le patron », qui, son ivresse cuvée, ne se souvient plus de rien et reprend sa vie normale de gentleman accompli.

Précisément Perdriggers, dont le mutisme rigide devenait impressionnant, s’est éclipsé ; et voilà qu’on entend des ordres sur le pont, un bruit d’amarres et de pieds nus résonne, et au long des hublots on voit défiler, dans un glissement doux, la petite jetée et les maisons du port. Un ronflement ébranle la coque du navire. Eh quoi ? L’on part ?

Madame Goulart. — Qu’est-ce que cela signifie ?

Colembert, aussi surpris qu’elle. — Ce doit être une attention de Perdriggers.

Madame Goulart. — Une attention ?

Colembert, sourire niais. — Une petite promenade. Il nous conduit sans doute aux îles de Lérins.

Zoé Lacave. — Oh ! mon Dieu, moi qui ne puis supporter la mer.

Madame Colembert. — Il fait très beau, la mer sera d’huile.

A cette évocation, loin de se rassurer, Zoé Lacave grimace. Colembert a escaladé le pont. Il se heurte au capitaine Marius Boultabène, large visage barbu de Triton, excellent pilote, mais un peu simplet. Il a horreur du « plancher des vaches » et « se languit » qu’on ne tangue ni ne roule au large.