On désarme Perdriggers, on le ficelle avec les plus grandes difficultés, comme un saucisson et on le descend dans sa cabine, tandis que Colembert et sa femme se précipitent pour relever Mme Goulart qui, convulsive et sur le dos, bat l’air de ses poings et de ses talons, en proie à une effroyable attaque de nerfs.
Zoé Lacave, qui, verte et mourante de peur, s’est traînée aux pieds de sa maîtresse. — Madame ! Madame ! Comme elle a les mains froides ! Elle ne répond pas. Elle va mourir.
Madame Goulart, rouvrant les yeux, et d’une voix pâteuse. — Qu’on me débarque ! Qu’on me mette à terre !
Colembert, empressé. — Oui, oui. Le capitaine fait virer de bord. Nous allons rentrer dans le port.
Madame Colembert. — Vous allez mieux ! Quelle peur nous avons eue !
Madame Goulart. — Pas tant que moi ! (Elle détourne d’eux ses regards avec une rancœur indicible.) Zoé, ne reniflez pas comme ça ; mouchez vos larmes.
On entend les hurlements de bête fauve qu’exhale Perdriggers, en train de se débattre dans sa cabine, impuissant et gardé à vue.
Dix minutes après, on s’apprête à débarquer, avec précaution, la tante inerte et murée dans sa fureur et son ressentiment. A quoi l’exposait la légèreté inconcevable des Colembert ? Jamais elle ne leur pardonnera ! Qu’ils disparaissent au plus tôt de sa vue !
Le Capitaine, de la pointe de son couteau, il a extrait de la toiture du salon une des balles envoyées par Perdriggers ; il l’offre galamment à Mme Goulart. — Peuchère ! Gardez-la comme souvenir ! Pas moins, un centimètre de plus, ma pôvre dame, et vous receviez le pruneau dans votre gaillard d’avant.
Mme Goulart prend la balle et ne répond rien.