Madame Goulart, qui n’aime pas les singes. — Qu’est-il devenu ?
Mademoiselle de la Clabauderie. — Une pleurésie maligne l’a emporté.
Madame Goulart, avec satisfaction. — Ah !
Mademoiselle de la Clabauderie. — Mais on ne soupçonne pas l’intelligence des animaux. Déluge, tenez, le perroquet, vous prédit le temps qu’il fera. Quand il doit pleuvoir, il ne crie jamais : « Petit Coco mignon ! » Il secoue sa patte raide et psalmodie d’un ton lugubre — Je vous demande pardon, ma tante — : « Fi… fi… fichu temps ! Coco a la goutte ! »
Madame Goulart, un peu agacée. — Et dites-moi, parmi votre ménagerie, vous ne recueillez pas les punaises ?
Mademoiselle de la Clabauderie, devenant très rouge — est-ce une raillerie ? Est-ce une insinuation désobligeante ? — Que dites-vous là, ma tante ? Des punaises ici ? J’espère que vous n’en avez pas trouvé l’ombre d’une ombre dans votre chambre ? Honorine et moi en mourrions de confusion. Jamais, au grand jamais, il n’y en a eu une seule…
Madame Goulart. — J’ai été piquée cette nuit. Ce n’était peut-être qu’un moustique.
Mademoiselle de la Clabauderie. — Je suis désolée… Un moustique ? Ce serait le premier depuis dix-sept ans.
Honorine vient — heureuse diversion — annoncer le déjeuner. Zoé Lacave retire son peignoir à Mme Goulart, qui se mire et s’admire dans la glace ronde à pied que lui présente sa nièce.
On descend à la salle à manger. Aïe, le parquet frotté et ciré… Catastrophe ! Mme Goulart patine sur une marche, glisse sur les reins et dégringole ainsi, par saccades, au rez-de-chaussée, où Mlle de La Clabauderie, plus morte que vive, et Zoé Lacave la ramassent ; cependant qu’affolés par ce fracas, les chiens aboient, le corbeau gémit et Déluge ricane.