Zoé Lacave. — Mais elle allait si bien il y a trois mois !
Le docteur Surnulot. — Non, elle n’allait pas bien. Elle se gavait de nourriture, ce qui est néfaste. Elle ne prenait aucun exercice, ce qui est déplorable, et elle vivait dans un état de constante neurasthénie et de faiblesse irritable. Y a-t-il eu chez elle choc mental ? Secousses trop brusques ? Ce que vous m’avez raconté… L’accident sur le yacht… la chute à Montargis ?… Bref, ça ne va pas, pas du tout.
Soucieuse, Zoé Lacave revient auprès de sa maîtresse, Mme Goulart lui sourit avec douceur et mélancolie.
C’est si imprévu, un sourire pareil, qui n’est plus un sourire d’ogresse, mais de grosse femme affaiblie, que Zoé Lacave en a le cœur ému.
Madame Goulart, avec une insolite bienveillance. — Je ne vous demande pas ce qu’a dit ce bon M. Surnulot ?
Zoé Lacave. — Il vous trouve beaucoup mieux, et vous avez, en effet, une excellente mine.
Madame Goulart. — Vous n’en paraissez pas convaincue, ma pauvre Zoé. Laissons cela. Je sais que je suis profondément atteinte.
Zoé Lacave. — Par exemple !…
Madame Goulart. — Oh ! depuis que je ne me sens plus de goût à rien, et que je me désintéresse d’un tas de choses qui me distrayaient un peu ; depuis que je reste étendue des heures dans ce fauteuil, les jambes et le souffle coupés, j’ai eu le temps de réfléchir et d’observer.
Zoé Lacave, inquiète. — D’observer…