X
DES PARENTS PAUVRES
Un atelier de peintre. Chevalet, toiles ; aux murs, des moulages. Propreté parfaite. Un berceau dans un coin. Sur un divan recouvert d’un tapis d’Orient, des journaux et des livres. Un vieux guéridon porte, dans une cruche de cuivre, un bouquet de roses. On remarque encore une authentique commode Louis XV aux bronzes rares, et, près de la grande baie vitrée, une petite « tricoteuse » avec un ouvrage de femme.
Albert Teulette, palette au pouce, travaille. Il ne porte point, comme il l’eût fait il y a trente ans — sauf qu’alors il n’était pas né — un complet de velours avec un pantalon à la zouave et un veston à col droit. Aucune mèche de cheveux extravagante ne descend sur son front. Il est rasé à l’américaine et porte, comme tout le monde, une raie discrète sur le côté. Habillé comme vous et moi, l’air très jeune, ouvert et franc, de beaux yeux bruns, des lèvres moqueuses : l’ensemble sympathique.
Il fredonne, sans peur d’éveiller « Bouni », son fils, bébé de six mois, dit « la Sucrette à sa mère », ou « le Poulet de grain », ou « le Costaud de Montparnasse », ou, tout court : « Bibi-Lolo ». Cet enfant est magnifique et dort à poings fermés, tel Hercule au berceau.
Quelqu’un est entré sur la pointe des pieds et applique ses deux mains sur les yeux du jeune homme :
— Coucou ! Qui est là ?
Albert Teulette. — Pas malin de le deviner ! Une délicieuse petite femme.
La voix, méfiante. — Mais quelle femme ?
Albert Teulette. — Une exécrable créature que j’adore.
La voix. — Mais encore ?