Albert Teulette. — C’est regrettable. Que veux-tu que j’y fasse ?

Marthe Teulette, gaiement — Si ce sont-là tous tes sentiments de famille !…

Albert Teulette, changeant de ton. — C’est une pauvre femme, je la plains profondément.

Marthe Teulette. — Pourquoi ? Il me semble…

Albert Teulette. — Elle n’a jamais eu un jour de bonheur. La méfiance, la ruse, l’avarice, la gourmandise payée par la maladie, l’épouvante ont empoisonné sa vie. Elle n’a vu autour d’elle que visages grimaçants, mains crochues et avides : tous ces Vertbois, ces Colembert, et les Girolle déjà nommés…

Marthe Teulette. — Mais pas toi…

Albert Teulette. — Pas moi. Quoique, après tout, moi aussi, j’ai eu parfois — oh ! pas souvent — des idées peu glorieuses. On se dit malgré soi, certains jours — assez rares, heureusement ! — « Pourquoi les uns ont-ils trop et les autres pas assez ? Avec la dixième partie de ce que cette vieille femme thésaurise, que de choses à faire, pour soi et les autres ! »

Marthe Teulette. — Oui, n’est-ce pas ?… Ce n’est pas mal de se dire ça… Après tout, tu es son neveu.

Albert Teulette. — Oh ! elle est si peu ma tante…

Marthe Teulette. — Qu’est-ce qu’elle te reproche ?