Albert Teulette. — D’avoir su me passer d’elle. De faire de la peinture au lieu d’être notaire ou commerçant. De t’avoir épousée sans son approbation, comme si jamais elle avait pris charge de mon bonheur. Mon bonheur ! ça ne regarde que nous… Tu es une belle, bonne et courageuse petite femme…

Marthe Teulette. — Avec toi, je n’ai pas de mérite ; tu es si bon, si tendre, un si chic type… Laisse-moi t’embrasser !

Albert Teulette. — Tu m’as donné notre chéri, un beau petit gars comme on n’en voit plus à Paris. Ah ! la tante peut dormir tranquille sur ses millions, ce n’est pas moi qui irai l’importuner !

Marthe Teulette. — Toi ! tu n’y mettras jamais les pieds. Pourtant, puisqu’elle est si malade, pourquoi n’irais-tu pas — ce serait peut-être gentil de ta part — prendre de ses nouvelles ?

Albert Teulette. — Moi ? Pourquoi faire !

Marthe Teulette. — Déjà, elle a eu cette mauvaise grippe ; tu n’as pas voulu aller t’informer de sa santé.

Albert Teulette. — Ma petite, je ne veux pas me confondre avec les autres. Je ne veux pas que cette vieille femme — qui est ma tante, après tout — pense une minute que je vais la voir pour flairer sa mort et soupeser son héritage. Ça, non ! Elle a préféré nous ignorer, ignorons-la. La famille se compose de ceux qui vous aiment et qu’on aime.

Marthe Teulette. — Tu es fier ! Je ne dis pas que tu aies tort. Je ne songe pas à moi, sois-en sûr. Ce n’est pas de robes ou de chapeaux dont j’ai envie quand je me dis que, mon Dieu oui, elle pourrait, elle devrait te laisser quelque chose… Je pense à toi, toi qui travailles tant pour nous.

Albert Teulette, riant. — Eh bien, est-ce que je suis manchot ?

Marthe Teulette, hésitant. — Et puis, je me dis que le « Poulet de grain », plus tard…