Albert Teulette. — « Bibi-Lolo »… Il travaillera, comme son père. Est-ce que tu ne travailles pas, toi qui le nourris, qui fais régner ici l’ordre et le bien-être, toi qui ne crains pas de mettre la main à la pâte et la casserole sur le feu. Être riches ? Que ce malheur nous soit épargné ! Être riches ! mon chéri, c’est un désastre. Il vous vient de la graisse autour du cœur et un calus au cerveau. Ah ! vive l’indépendance !
Marthe Teulette, gentiment. — Tout à l’heure, tu disais toi-même qu’un peu, un tout petit peu d’argent… de cet argent dont elle regorge, qu’elle sue par tous les pores…
Albert Teulette. — Oui… pour voyager, aller voir l’Italie, des choses admirables… Bien sûr : en deux temps on empilerait, dans la valise, la robe no un de Madame, le phoque et la girafe de Monsieur…
(Pour l’intelligence du récit, il n’est peut-être pas inutile de savoir que le phoque d’Albert Teulette est un veston de cuir excellent pour la pluie et la girafe un gilet d’intérieur à manches, zébré fauve sur jaune et d’ailleurs tissé en poil de chameau.)
Marthe Teulette, battant des mains. — Rome ! Venise !… Oh ! ça serait le rêve…
Albert Teulette. — Eh bien, ce rêve ma petite chérie, nous le réaliserons bientôt, sans que la tante Arsène y mette de son pauvre argent. J’espère vendre, et bien vendre, ma série de petits pastels… j’ai commande de deux portraits, etc., etc… C’est si bon, vois-tu, de ne devoir rien à personne qu’à soi-même, à son travail et à sa volonté.
Marthe Teulette, exaltée. — Tu es le meilleur des maris et le plus talentueux des peintres ! Aussi, je t’ai gâté… sais-tu ce que j’ai acheté pour le déjeuner ? Du jambon de Parme, des raviolis et du gorgonzola.
Albert Teulette. — L’Italie, déjà !… Bravo !
Marthe Teulette. — Chut, bébé se réveille. Il a faim… Je le sers d’abord, n’est-ce pas ?…
Albert Teulette, attendri. — Chère petite Mandarine !