Zoé Lacave, admiratrice. — Vous avez un goût exquis, monsieur le comte.
M. de Vertbois, négligeant. — C’est de naissance. Je n’ai jamais étudié ces questions. Le goût, d’ailleurs, ne s’apprend pas…
Madame de Vertbois. — Quand d’autres temps seront venus, je compte bien, Zoé — et je parle ici d’accord avec mon mari, n’est-ce pas, Norbert ? — que vous voudrez bien continuer à vous occuper de la maison ?
M. de Vertbois. — Certainement : la santé de ma femme et aussi la confiance absolue que nous avons en vous…
Zoé Lacave. — Vous êtes trop bons… A vrai dire, et même si madame Goulart croyait devoir récompenser mon dévouement, de façon à assurer mon indépendance, il m’en coûterait, je l’avoue, de renoncer à vivre dans cette maison. Ce n’est pas que j’y aie été toujours heureuse.
M. de Vertbois. — Non. Respectons la triste fin de notre parente ; mais il est permis de dire qu’elle a dû souvent vous rendre l’existence intolérable.
Zoé Lacave. — Mme Goulart n’a eu qu’un bon moment pour moi : à son retour de Montargis. Je ne sais si c’était l’influence pacifiante de Mlle de La Clabauderie, ou, plus probablement, que Mme Goulart se sentait très faible. Mais huit jours après, elle avait repris son caractère difficile ; et même en ce moment, quand elle retrouve quelque lucidité, c’est pour entrer en fureur au plus léger prétexte et s’efforcer de battre les gardes.
Madame de Vertbois. — Heureusement, ce sont des Suissesses solides.
M. de Vertbois. — Je me tourmente de savoir si notre malheureuse tante a pris ses dispositions dernières, et de quelle nature elles sont ?
Zoé Lacave. Elle les a certainement prises. Mais là-dessus, elle a gardé le plus obstiné secret. Elle ne disait jamais, d’ailleurs, que ce qu’elle voulait bien.