Déposés par l’auto hospitalière qui repartait sur un échange de : « Alors, c’est convenu !… Ici. Dans une heure. » M. et Mme de Vertbois s’assirent à une petite table, commandèrent, elle, un chocolat chaud velouté de crème fouettée, lui, un lemon-squash. Et, après un silence qui pouvait signifier aussi bien des préoccupations divergentes que l’ennui sans paroles d’une intimité blasée, ils échangèrent les propos suivants :

M. de Vertbois (il parle avec une politesse raffinée, et semble sucer ses mots comme des bonbons anglais). — Votre chocolat, Aglaure, me paraît de bonne mine. Me trompé-je en le supposant à la cannelle et de marque espagnole ?

Madame de Vertbois. — Vous ne vous trompez pas, Norbert. Et votre citronnade ?

M. de Vertbois. — Délicieuse.

Silence. Un pli soucieux vient à son front.

Madame de Vertbois (maternelle). — Vous ne redoutez pas le courant d’air de ces arcades ?

M. de Vertbois (avec la sollicitude due au souvenir d’une dot considérable, dont il ne reste plus que des débris). — Et vous, chère amie, pour vos bronches ?

Madame de Vertbois. — Nullement. Ce chocolat m’a fait grand bien. Je vais me réchauffer en terminant mes courses. Ma liste ? La voici : rubans, mercerie, papier à lettres…

M. de Vertbois. — Moi, le pharmacien pour vos granules, et le photographe, pour le développement de nos derniers kodacks.

Nouveau silence préoccupé.