Et il lui tendit la main pour la reprendre. Mme Navarin soupira et sans se dessaisir du précieux bijou :

— Marvaud a bonne réputation d’honnêteté. Les laiteries lui rapportent gros ?

— Douze mille francs par an au bas mot.

— Et vous croyez qu’il a de l’inclination pour moi ?

— Sans cela, vous offrirait-il cet accord, qui, ai-je besoin de vous le dire, restera absolument secret entre vous, lui et moi ?

Mme Navarin regardait fixement le plancher.

— Quelle réponse dois-je lui faire ? répéta le notaire, baissant la voix comme au confessionnal.

La veuve remit lentement la bague dans l’écrin : il y avait du pour et du contre. Le troc était hardi, et dame ! si on le savait !… Mais le saurait-on ? C’était pécher ; oui, mais l’intention rachetait la faute. Et le mariage purifierait tout. Sinon, la bague lui demeurerait : compensation acceptable… Seulement, il fallait consentir à… Ce serait drôle ! Mais comme disait Me Coypot, elle était une femme sérieuse, elle savait la vie. N’exagérons rien !… Marvaud était bel homme, et si vraiment il n’avait pas le « foie blanc », on pourrait avoir de beaux enfants : son rêve à elle !

— Eh bien ? insista le notaire.

Elle songea que dimanche en huit serait le lendemain du jour de repassage. Elle changerait de linge, et même elle pourrait prendre un bain.