Car le Seigneur a dit :

« On travaillera pendant six jours, mais le septième sera sacré, car c’est le sabbat du repos consacré à l’Éternel. Quiconque travaillera ce jour-là sera puni de mort. »

Miss Schikwell a le droit d’exécrer les fourmis : elles créent des magasins et des entrepôts avec tout ce qu’elles charrient ou dérobent. Ne les a-t-elle pas surprises, un jour, se jetant sur le buffet où elle serre le sucre, à côté du riz blanc et du beurre jaune ?

Mais ce n’est pas seulement l’intérêt qui guide sa vengeance. Non ; ce qu’elle réprouve, c’est que cette espèce maudite trouble la sanctification dominicale et travaille, comme une colonie de forçats, le septième jour.

— Amalécites ! murmure-t-elle.

Et, avec la décision inflexible du destin, elle prend, sur le fourneau de la cuisine, la grosse bouillotte de cuivre rouge qui devait alimenter son samovar. Tant pis : elle se passera de thé ; elle offrira ce sacrifice au Dieu des armées. La voici qui penche le récipient, et l’eau ébouillante d’un jet ardent et d’un nuage de vapeur les cohortes diaboliques, en l’honneur de Celui qui donna la Loi à Moïse parmi les éclairs du Sinaï.

Miss Schikwell s’est brûlé les doigts et a mouillé sa belle robe grise ; mais elle hume, victorieuse, l’âpre odeur formique, et déclare, satisfaite du carnage :

— Et il en fut ainsi pour la gloire du Seigneur.

LE RESSORT CACHÉ

Si l’on m’eût affirmé qu’entre Mme Sylver et moi pût exister autre chose qu’une animosité mitigée par un flirt raté, j’eusse bien ri. Pourtant je la désirai en l’exécrant. J’eusse voulu la serrer entre mes bras pour violenter de caresses semblables à des coups sa chair arrogante, et l’avilir ensuite par mon mépris.