— Quel intérêt cela a-t-il ? puisque nous allons mourir !

Elle était tragiquement belle ; l’épouvante, loin de la défigurer, lui donnait un éclat de passion extraordinaire. Je n’osai comprendre, puis je compris : un ressort caché venait de se déclencher en elle, la jetait, dans ce péril de mort, pantelante à mon désir, comme si cette fatalité soudaine, affreuse, inexorable, déchaînait un être insoupçonné d’elle-même, de moi et de tous.

Sa poitrine à demi nue s’écrasait sur ma poitrine, ses bras m’étreignaient ; je sentis s’élever en moi une âme fauve et un corps frénétique : mourir n’était rien ; posséder cette créature inespérée était tout.

— Jane, vous m’aimez donc !

Elle répondit, égarée, ardente :

— Maintenant, oui, je vous aime !

Quand nous sortîmes d’une courte et magnifique ivresse, et lorsque la conscience de la réalité nous revint, le yacht se tenait toujours immobile sur l’eau calme. Les cris s’étaient tus, les rumeurs sourdes continuaient, et des pas couraient toujours sur le pont.

— Il faut pourtant que j’aille… murmurai-je.

— Oui, allez.

Et, légère comme une ombre, elle se glissa dehors. Je m’élançai dans l’escalier. On avait touché sur une roche, en effet, mais légèrement ; la voie d’eau, grâce aux cloisons étanches, ne nous mettait pas en péril immédiat. Nous tirâmes des fusées, et, à l’aube, des canots de pêche vinrent nous chercher.