M. de Vertbois (guilleret et supérieur). — Allons, faites vos courses sans vous tourmenter. Au revoir, ne vous fatiguez pas trop.

A quatre heures et demie, l’auto stoppe dans la même rue, devant une autre pâtisserie. Le baron de Puybergue, grand, gros, barbu, rougeaud, comme il sied à un gentilhomme-fermier, attablé, savoure un cocktail. Il sourit aux Vertbois qui débouchent chacun de son côté.

M. de Puybergue. — Exactitude militaire. Vous avez tous vos paquets ? Vous n’avez rien Oublié ? Alors, je vous enlève !

Le moteur ronfle et, à grande allure coupée de déchirants coups de sirène, l’auto les ramène à Biarritz.

Dans le petit salon mis à leur disposition, et attenant à leurs chambres, les Vertbois aperçoivent, sur un guéridon, leur courrier, arrivé en leur absence.

Madame de Vertbois. — C’est plus fort que moi. Je suis inquiète. Est-ce un pressentiment ? Norbert, nous aurions dû rentrer à Paris dès que la tante a été malade.

M. de Vertbois (il a pris les journaux et les lettres). — Ne vous frappez donc pas. Justement ! L’écriture de Zoé.

Madame de Vertbois. — Ah ! mon Dieu ! Lisez vite, mon ami !

M. de Vertbois. — Je lis :

« Je tiens ma promesse, monsieur le comte, en venant vous raconter les derniers événements. Ils vous surprendraient si vous ne saviez quelle capricieuse fantaisie régit les actes de Mme Goulart, et combien elle se plaît à déjouer toutes prévisions.

« Votre tante a décidé brusquement de partir pour la Côte d’Azur et d’y louer une villa : ce qu’elle a fait incontinent. Par une singularité de son caractère qu’explique aussi le conseil du médecin — cessation de visites et absence de tout surmenage — elle a choisi une très petite et inconfortable bicoque, bâtie en plâtras, où les trois domestiques qui nous ont accompagnées campent au sous-sol et geignent du matin au soir. J’ai, pour ma part, attrapé des rhumatismes. Mais de cela, elle n’a cure, et rien que pour nous faire enrager, elle affronte avec intrépidité les cheminées qui fument et les vents coulis des portes et fenêtres.

« Inutile de vous attester, monsieur le comte, que j’ai fait tous mes efforts pour décider Mme Goulart à préférer Biarritz, qui lui offrait l’avantage de votre présence et vous permettait, sans changer vos habitudes, de témoigner à votre tante cet intérêt attentif dont le manque actuel est un de ses imaginaires et acrimonieux griefs. Mais je me suis heurtée à une opiniâtreté invincible, et, en ce qui vous concerne, à des jugements aussi injustes que défavorables.

« Ce qui m’inquiète, je ne puis vous le cacher : c’est que les cousins Colembert, revenant d’Algérie et de Tunisie, se sont annoncés à Mme Goulart, qui a paru ravie et les attend demain à déjeuner.

« Vous connaissez leur don d’intrigue. Agissez donc, monsieur le comte, au mieux de vos inspirations, et veuillez, ainsi que Mme la comtesse, me croire votre fidèle servante.

Zoé Lacave. »